Présentation  Page d'accueil | Plan du site | Présentation | Nos actions | Nos projets | Contact  Accueil le Journal des alternatives,   21 juin 2005, Gabrielle GAGNON   Entre deux inhalations de colle, il tresse un bracelet. Les fils rouge, bleu et orange attachés à son pantalon  dessinent tranquillement des motifs de poissons. Il le tend à Lenin, qui approuve. Je le vois esquisser un sourire  dans ma direction, avant de replonger son nez dans sa bouteille de plastique. Puis, il repart dans les rues  débraillées de Tegucigalpa. Moi, je reste là, avec un bijou d’une valeur inestimable entre les mains... — Ils sont  des milliers à errer dans les rues de la capitale du Honduras, un des pays les plus pauvres d’Amérique latine.  Certains n’ont même pas encore dix ans. Le soir venu, ils dorment sur le bitume et sous des bouts de carton.  Lorsqu’ils en ont. Le jour, ils baguenaudent dans les rues, l’œil rivé sur les sacs et les bourses des quidams. Il  leur faut trouver les quelques lempiras nécessaires pour remplir leur pot de colle. Ce précieux élixir, ils le  cachent sous leur chandail, contre leur cœur. Les jeunes de la rue se mêlent à la multitude de chiens errants et  galeux qui traînent dans la ville. Les passants ruent de coups les bêtes malades. Les automobilistes heurtent en  toute impunité les déchets humains qui encombrent les artères. Là-bas, comme partout dans le monde, les  laissés-pour-compte agonisent. Personne n’en veut. La société hondurienne n’a cure des jeunes de la rue, qu’elle  tient pour uniques responsables de l’insécurité publique qui sévit au pays. Ce sentiment d’indifférence et  d’apathie se reflète également dans la presse, qui vilipende cette population marginale en l’accusant de tous les  maux. La nation entière est terrorisée par les bandes criminelles, un phénomène présent au Honduras depuis  déjà bon nombre de décennies. La politique du « lessivage social » En 2001, l’homme d’affaires conservateur  Ricardo Maduro a remporté les élections présidentielles en axant sa campagne sur une politique de « tolérance  zéro » à l’égard de la délinquance. Ce refrain électoral a fait mouche dans un pays désirant à tout prix se  débarrasser de ses parias. Depuis, on constate que les meurtres et les exécutions extrajudiciaires des enfants et  des jeunes sont en constante progression au Honduras. Selon certaines organisations non gouvernementales,  plus de 1 500 enfants et jeunes de la rue auraient été assassinés froidement entre 1998 et 2002. Les statistiques  font état de meurtres aux « circonstances inconnues » et de « disparitions ». Alors que les autorités en place  martèlent que les bandes rivales se font justice entre elles, ceux qui vivent ces réalités de plus près parlent  d’escadrons de la mort chargés de faire une purification sociale. Forces de l’ordre, groupes de vigiles  embauchés par des hommes d’affaires ; personne ne sait réellement qui tire impunément sur les chiens galeux  du Honduras. Moi non plus, je ne sais pas vraiment. Tout ce que je sais, c’est que le gouvernement hondurien ne  se préoccupe pas de son peuple, qu’il soit enfant, vieillard, indigent, malade, analphabète, estropié, drogué ou  criminel. Le bracelet que je porte maintenant à la cheville est le cadeau d’un jeune de la rue qui apprend  tranquillement que pour obtenir de la nourriture et quelques lempiras, il lui faut travailler. Alors que les autorités  en place pensent que le fléau se règle par l’extermination, des artisans sans le sou comme Lenin enseignent à ces  jeunes à gagner leur vie. Parce qu’ils croient en eux, leur parlent et les voient plus grands et plus forts que des  chiens. P.-S. Coopérante volontaire dans les marchés de Tegucigalpa, Honduras, d’avril à juin 2005. Pour en  savoir plus : AMNISTIE INTERNATIONALE, Honduras, Tolérance zéro... pour l’impunité. Exécutions  extrajudiciaires d’enfants et de jeunes depuis 1998, un document public d’Amnistie internationale :  http://web.amnesty.org BAIL, Raphaëlle, « Guerre contre les pauvres : en toute impunité, le Honduras liquide  ses parias », Le monde diplomatique, octobre 2004 : http://www.monde-diplomatique.fr SÉVENIER, Gaëlle,  Politique d’extermination des gangs au Honduras : http://www.travelblog.org/central-a...; En 2005 le Honduras  a changé de gouvernement et malheureusement entre 2007 et 2008 la délinquence a augmenté de 20% avec une  moyenne de 15 morts violentes par jour. San Pedro Sula, deuxième ville et capitale économique et industrielle  du Honduras est considérée comme une des villes les plus dangereuses du monde.